Foutu rituel
Je savais que Maître était indisponible ce week-end. Sachant prendre de la distance quand il faut pour qu'il puisse profiter de sa vie privée, j'ai alors pris une certaine distance. Même quand il est indisponible, y'a pas un jour où il ne me donne pas signe de vie. Il ne peut s'empêcher de prendre quelques nouvelles au cours de la journée, au maximum qu'il peut (voir un peu plus parfois). Je tente de le raisonner en lui signalant qu'il profite de son côté mais il me rappelle alors qu'il sait très bien gérer sa vie privée et moi. Je sais très bien qu'il sait bien le faire.
Tout en restant à ma place, à mon sens, cela fait partie aussi de mon rôle d'être un minima bienveillante à son égard pour s'assurer qu'il va bien. Un Maître qui va bien est toujours un Maître dans de meilleures conditions pour suivre sa soumise.
Lors de nos derniers échanges avant qu'il s'endorme avant moi, j'ai légèrement oublier de demander l'autorisation de pouvoir me caresser un peu au moment où je fermerais les yeux. J'ai conscience d'avoir la chance d'avoir souvent cet accord de sa part et me console avec cela en prenant sur moi en me disant qu'on verra d'ici demain matin. Laissons le dormir, il en a bien besoin.
Nous sommes lundi... La chance qu'il soit férié : je peux alors restée un peu au lit plus tard qu'habituellement. Pour la marmotte que je suis, c'est une aubaine pour moi.
Je me réveille, en attendant vaguement mes enfants qui viennent de se réveiller à leur tour, dans la chambre juxtaposée de la mienne. Je remonte la couette jusqu'à mes joues en me repositionnant plus ou moins au milieu du lit. En moyenne, c'est un signe que je vais me rendormir. Je regarde, très vite, l'heure sur mon portable. Aucun message de Maître : il dort encore. Il est plus sage de le laisser dormir. Je reste au chaud, ne voulant plus quitter ma couette. Je somnole à nouveau.
Ma conscience de maman reprend le dessus : il est temps de se lever ! Une petite voix au fond de moi me dit que je suis pas convaincante et je souris. A ce même moment, la notification de SMS retentit et je reconnais la sonnerie. Un autre sourire s'étend sur mon visage : il est réveillé ! Je lui réponds à sa salutation dans les quelques secondes qui suivent et vérifie qu'il a bien dormi. J'en profite pour lui demander l'autorisation de pouvoir me caresser à mon réveil.
Je sais que je dois patienter un certain délai maximum pour avoir son retour. Une fois le délai passé, par défaut, c'est un accord. C'est une des ententes mises en place de sa part pour pouvoir palier nos vies privées et mon suivi.
Les six cents secondes étaient écoulées, je n'ai pas de réponse. Je ne me prive pas à mon petit plaisir de pouvoir me soulager. Je fais partie des rares personnes qui n'ont pas de plaisir à se faire jouir seule. Cependant, quelques caresses peuvent me faire du bien et calmer mon excitation.
Je reste raisonnable et je patiente tout de même en restant au chaud mais je vais pas pouvoir trop attendre (même si je meurs d'envie de rester au lit). Pas de retour. J'ose pas le relancer : il a dû se rendormir aussi de son côté (et puis sa vie intime ne me regarde pas).
Je suis tellement de bonne humeur (ce qui est rare la veille de reprendre le travail après un week-end, long ou pas) que pour une fois je déjeune. Oui, je sais : c'est pas bien, il faut déjeuner le matin. Habituellement, je prends juste un café, voir un deuxième. Là, j'ai des envies de mon adolescence : je prends des BN que je trempe dans du lait chaud. J'adore trop ! J'arrive même à surprendre mon petit et nous finissons de déjeuner ensemble. Le grand avait déjà pris ses devants avant nous. J'apprécie beaucoup ces petits moments anodins quand j'ai la chance de les avoir, vu mes journées bien remplies en semaine.
Je laisse vaguer le petit à ses jeux le temps que je fasse la vaisselle. Comme souvent, c'est quand on a les mains dans la plonge que le téléphone sonne (que ça soit appel ou sms). N'aimant pas les choses inachevées, je termine ma tâche en cours.
Je m'essuie les mains, toujours avec la banane jusqu'aux oreilles et je me jette sur mon mobile pour voir son message. Là, je vois un "Non ma Shadesse". Euh... Je relis à deux fois la réponse et limite j'hallucine. Qu'il ose me dire non quand j'ai pu faire un écart, je peux le comprendre mais là qu'est-ce que j'ai fait de travers ? C'est très rare qu'il me fais un refus aussi catégorique.
Sur le coup, je jubile d'avoir pu avoir profiter de sa non-réponse dans le délai pour avoir pu en profiter et je lui cache pas. Je poursuis en l'interrogeant pour mieux comprendre. Sa réponse est très rapide : il me rappelle son fameux rituel.
Foutu rituel ! Ah mais oui... Ca aurait été trop beau qu'il fasse comme moi et qu'il l'oublie. Ca m'était sorti complètement de la tête.
Parmi nos petits rituels à distance ou en réel, Maître en a un qu'il affectionne particulièrement mais que moi je déteste : trois jours avant qu'on se voit, c'est abstinence totale. Aucune pénétration, aucune caresse, rien, walou, nada, quedechi...
Pourquoi ne m'a-t-il pas fait de rappel la veille comme il fait à chaque fois (pour que je puisse me préparer psychologiquement) ? Un oubli de sa part étant occupé ce week-end ? Certainement !
Ma bonne humeur enjouée part en fumée en une fraction de seconde. Je n'étais pas prête et la frustration a raison de moi.
Il sait que je vais rester obéissante. Je sais que je vais appliquer pour pas le décevoir. Je commence par être distante pour prendre sur moi et ne pas faire ma petit rebelle comme ça peut m'arriver par moment. Il le ressent bien. Il me le dit pas mais il sent l'orage arrivé à grand pas. Il est fort possible que je sois assez froide, malgré moi, dans mes écrits. Sans compter que lorsque je commence à accumuler cinq ou six messages qui sont des pavés, en quelques secondes, c'est pas bon signe.
Je sais que ça servira à rien de pester. Déjà parce que je manque de rester à ma place en tant que sa soumise mais parce que je sais, évidemment, qu'il ne changera pas d'avis. Les consignes sont les consignes !
Je tente de me calmer en le laissant tranquille une bonne partie de l'après-midi, qu'il puisse vaquer à ses occupations. Je tente de m'occuper l'esprit pour éviter d'y penser. Rien de tel que des tâches ménagères pour ça. Quand c'est comme ça, j'ai envie de faire péter les enceintes et mon boomer que je me suis offerts pour mon anniversaire mais par respect envers mes enfants et le voisinage, je n'en fait rien. Je vaque aussi à mon rôle de maman mais rien à faire : je suis obsédée par le fait d'être frustrée totalement. Il est vrai que côté frustration, j'ai pu connaître "pire" dans mes précédentes expériences mais ça reste un de mes points faibles pour autant.
De la fin d'après-midi jusqu'au coucher, tel un pit-bull, je n'ai lâché le sujet et tenter d'échanger sur mes ressentis. Je sais que je me tire une balle dans le pied en disant ça mais au fond, ce que je trouve le plus compliqué est que les périodes de frustration ne soient pas plus équilibrées. Lui qui prône de tout faire pour être au plus juste, est-il vraiment juste d'être tolérant très régulièrement et uniquement pendant trois jours avant notre "journée" plus rien ?
Si je reste à ma place, purement docile et obéissante, je connais la réponse : ses souhaits, envies, ordres ne vont jamais à contre-sens de mon bien-être et de ce fait, oui son rituel est juste. Sauf que de parler d'injustice, c'est tabou. Il déteste et m'interdit ce terme puisqu'il juge qu'il fait et fera toujours tout pour être le plus juste. Je remplace alors injustice par déséquilibre et le message passe mieux.
Rien à faire : comme je m'en doutais, il ne cède pas malgré mes multiples tentatives de négociations déguisées en discussion de ressentis. Mon côté brat prend le dessus à tout va : à de nombreuses reprises, je le provoque ouvertement pour qu'il puisse réagir mais rien. Il reste impassible et garde son calme. Aucune remise en place en vue ! Il reste impartial. Je déteste quand il fait genre de fermer les yeux, de ne pas réagir à chaud (même si au fond, il a raison). A un moment donné, je lui fais part, qu'à mon sens, il manque de répondant (sans lui demander de me remettre une place une bonne fois pour toute). Sa seule réponse est de me faire comprendre, le plus calmement possible, que ça ne servirait à rien d'échanger concrètement tant que je serais dans cet état esprit. Gggggrrr, ça m'agace encore plus !! Surtout que je sais, qu'à froid, plus tard, je vais prendre cher.
Le soir, je tente de me changer les idées sur mon tchat habituel où je suis aussi administrateur mais mon humeur exécrable reste, même si je ne le montre pas ou le moins possible.
Je n'arrête pas de me demander en boucle "pourquoi il a besoin de cette abstention juste avoir de se voir ? Pour que mon excitation soit double quand on se verra ? C'est pas comme si on se voyait une ou deux fois par semaine ! Comment peut-il penser que ça soit autant efficace en se voyant, en moyenne une fois par mois et n'ayant pas encore essayer de ne pas me frustrer ? Comment peut-il penser que je puisse manquer d'excitation à son égard ?".
Très irritée, je ne peux m'empêcher de dire en récurrence "Stupide rituel !"
Le seul point positif de ma journée est que la nuit porte conseil.

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